Ni idolâtrie, ni mépris (J.Y. Leloup)

Publié le par JCL

     Merci à Jean-Yves, un de mes instructeurs, pour ce texte en relation avec le "psycho-transpersonnel" (JC).

 

 

Ni idolâtrie, ni mépris

 

Question : Certaines personnes sont loin d’aimer leur corps tout comme il y en a d’autres qui l’aiment trop, non ? 

Oui, on revient à ce que l’on disait tout à l’heure, soit de l’idolâtrie, soit du mépris. Il s’agit de ne pas mépriser notre corps, ni de l’idolâtrer. Ce sont deux impasses du monde contemporain.

Dans certains milieux, on bichonne le corps comme si c’était la seule réalité. Pour ces gens, leur corps représente tout, c’est l’absolu, c’est ce que je nomme de l’idolâtrie. Ainsi, au moment où ces gens meurent, ils perdent tout. Pourtant, ce corps n’a pas toujours été là. Il ne sera pas toujours là. La vie était là avant nous et elle sera là après nous. On ne doit pas s’identifier à notre corps. On ne doit ni l’idolâtrer, ni le mépriser, mais en avoir un infini respect.

On peut se questionner : « Est-ce que je m’identifie à la forme que prend la vie en moi ? Ou est-ce que je m’identifie à la vie qui est au cœur de cette forme sans la mépriser ? ››

La forme – le corps – nous est donnée pour éprouver, pour expérimenter.

On parlait tout à l’heure du mot épreuve. Je crois qu’il ne faut pas le prendre simplement dans le sens négatif du terme. Le mot épreuve parle d’expérience. Si on n’avait pas de corps, on ne pourrait pas éprouver l’amour, on ne pourrait pas en faire une expérience. La vie est donc une expérience corporelle et nous devons apprendre à l’accueillir plutôt que de la subir; arrêter d’en être la victime, pour en devenir le disciple. Quand on dit. Je crois, on pourrait aussi entendre Je croîs… Croire ce n’est pas seulement une question de croyances, mais de croissance.

Nous sommes appelés à croître, à grandir dans notre corps, à travers les épreuves, les expériences. Mais il faut savoir que notre corps est composé de plusieurs corps.

 

Les 12 climats corporels 

Question : Voulez-vous parler des émotions, par exemple ? On les ressent dans le corps et, en même temps elles ne sont pas matérielles.

Entre autres. La vie a douze façons de s’incarner, de se manifester en chacun de nous. Je distingue douze corps comme il y a douze constellations, douze disciples, douze mois de l’année…

On pourrait aussi les décrire comme étant les douze « climats corporels ›› que la vie expérimente en nous.

Premièrement, il y a le corps de mémoires, le code génétique, celui que l’on reçoit à la naissance. Il y a là toute l’histoire de nos parents, de nos grands-parents. Nous sommes habités par toutes les mémoires de notre famille, de nos ancêtres.

Nous en sommes les héritiers. Comment être en paix avec nos parents, avec nos ancêtres ? La réconciliation est importante, car c’est dans notre sang, dans notre corps. On ne peut dilapider notre héritage, on doit l’accueillir, sans le juger, car tout ce qui n’est pas accepté ne peut pas être transformé; tout ce qui n’est pas assumé ne peut pas être sauvé. Donc pour faire de notre héritage une grâce, ça passe par ce « oui ›› à ce que la vie nous a donné à notre naissance. On doit cependant être conscient que si j’appartiens à cette lignée, je ne suis pas cette lignée. Je ne dois pas en faire mon identité, mais l’accueillir sans la juger. Je ne suis pas que ça, je suis plus que ça, je suis qui je suis.

Quand on rencontre quelqu’un, on ne rencontre pas seulement cette personne, mais aussi sa tribu, sa lignée. Deux personnes peuvent bien s’aimer, mais ce sont parfois leurs histoires qui ne s’aiment pas. Parfois, ça fait beaucoup de monde dans la chambre à coucher. On aurait envie de dire « Pouvez-vous sortir ? ›› (Rires) Les mémoires du cosmos sont aussi inscrites en nous, puisque nous faisons partie de l’univers. Notre corps est la part de l’univers qui nous est confiée. Prendre soin de notre corps, c’est prendre soin de l’univers. Si on remonte encore plus profondément, il y a en nous la mémoire de la Source, de l’origine; il y a la mémoire du big-bang et de la Conscience. 

Ensuite, il y a notre corps d’appétits. La vie s’incarne en nous sous la forme d’un appétit de vivre, d’une faim et d’une soif.

C’est important de respecter la nourriture, de voir ce qui nourrit notre faim, ce qui nourrit notre soif. Pour certains, c’est une véritable difficulté, un dégoût; le dégoût de la vie, de la nourriture, comme dans certaines formes d’anorexie ou de boulimie. C’est une épreuve. Comment accepter cette épreuve, comment la transformer, comment en faire une grâce ?

Que l’on parle de la relation que l’on entretient avec la nourriture ou encore de celle que l’on entretient avec les autres, on doit apprendre à passer de « consommer ›› à « communier ››. La vie doit être communion et non consommation. Aujourd’hui on ne communie plus avec les êtres, on les consomme, on s’y consume. Au-delà de la consommation, on doit réapprendre à communier. Communier à la nourriture, savoir que la vie nous est donnée par la nourriture, l’honorer, la respecter, voilà ce qui a du sens.

Notre alimentation peut devenir quelque chose de sacré. ll suffit d’y mettre de la conscience, d’y mettre de l’amour.

La vie se manifeste donc à travers la mémoire de nos ancêtres, à travers nos appétits, et elle se manifeste aussi à travers notre libido. C’est notre corps de pulsions. La vie s’incarne en nous à travers un corps sexué et c’est ainsi que la vie se transmet à travers la sexualité, c’est un don de la vie par lequel nous devenons nous-mêmes créateurs, nous transmettons la vie.

L’autre fait partie du don. Comment sommes-nous par rapport à l’autre ?

Sommes-nous capables de communier ou nous limitons-nous à consommer, jusqu’à nous y consumer ?

Chacun à des pulsions différentes. Certains ont une vie libidinale pulsionnelle très forte et ils s’entendent très bien à ce niveau ; c’est ce qui les soude. Mais savent-ils communier ? Ou ne font-ils que consommer ? Communiée, la sexualité devient une grâce, la chambre devient un temple.

La vie se manifeste aussi en nous à travers nos émotions. Il y a en nous toutes sortes de climats, des climats de tristesse ou encore de joie. Il s’agit ici de savoir rire et pleurer ensemble, savoir comment accorder nos émotions; savoir qu’on a le droit d’être triste pendant que l’autre ne l’est pas. On doit apprendre à mettre du calme dans nos émotions, à trouver notre assise. On ne doit pas devenir l’objet de nos émotions, on doit simplement les accueillir, en être le sujet le Je suis. Cela donne de la couleur à notre existence on peut goûter notre existence à travers ces différentes couleurs ces différentes saveurs. Ça devient une grâce.

On n’a pas à renoncer à nos émotions tout comme on n a pas à renoncer à notre sexualité. Tout est à transfigurer, à vivre autrement. On peut aussi reconnaître le corps d’émotions dans la nature elle-même. La nature a des émotions.

 

(Jean Yves Leloup >> Jean Yves Leloup (écrivain, thérapeute)

 

 

 

 

Publié dans Psycho - Relaxologie

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